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Résilience & souveraineté : les nouveaux piliers d’une entreprise durable

Longtemps associée à l’engagement, à l’image ou à la conformité, la RSE prend aujourd’hui une autre dimension. Elle aide l’entreprise à tenir dans la durée, à anticiper ses fragilités et à garder la maîtrise dans un environnement plus instable.

Climat, énergie, tensions internationales, dépendances fournisseurs, pression sur les ressources : la performance ne se joue plus seulement sur la croissance. Elle se joue aussi sur la capacité à préserver son activité, sécuriser ses approvisionnements et s’appuyer sur un écosystème plus solide.

Chiffres clés

les chiffres qui interpellent 

68 564

défaillances d’entreprises en France à fin 2025
Un signal fort sur l’importance de suivre la solidité de ses partenaires, clients et fournisseurs.
(Source : Banque de France, données à fin décembre 2025 sur 12 mois glissants.)

5,2 Md€

de sinistres climatiques assurés en France en 2025
Une donnée qui rappelle que les aléas climatiques ont déjà un impact concret sur les entreprises, leurs bâtiments, leurs équipements et leur continuité d’activité.
(Source : France Assureurs, mars 2026.)

451 TWh

de consommation électrique en France en 2025
Un niveau stable, mais toujours inférieur d’environ 6 % à celui observé avant les crises sanitaire et énergétique.
( Source : RTE, bilan électrique 2025.)

+19 de solde net industriel en 2025
En 2025, les ouvertures et extensions significatives d’usines ont été plus nombreuses que les fermetures et réductions importantes de sites industriels. La France affiche ainsi un solde positif de +19, contre +88 en 2024. Cette évolution confirme une dynamique industrielle toujours positive, mais en ralentissement.
(Source : Baromètre industriel de l’État, DGE, mars 2026.) 

52 % des entreprises les plus avancées en RSE ont atteint leurs objectifs de chiffre d’affaires entre 2022 et 2024

Contre 27 % pour les entreprises les moins avancées. Un écart qui illustre la corrélation entre maturité RSE et performance économique.
(Source : Mouvement Impact France / Des Enjeux & des Hommes, octobre 2025.) 

Ce que ces chiffres montrent : la résilience n’est plus un sujet abstrait. Elle devient une condition de stabilité, de maîtrise des coûts, de continuité d’activité et de performance durable.

1. Identifier ses dépendances pour mieux durer

La résilience commence par une question simple :
de quoi l’entreprise dépend-elle vraiment pour fonctionner ?

Un fournisseur unique, une matière première critique, une dépendance énergétique, un site exposé à un aléa climatique ou une logistique trop éloignée peuvent fragiliser toute l’activité.

L’enjeu est donc de mieux connaître ses points sensibles : ses ressources clés, ses partenaires stratégiques, ses flux, ses consommations et ses alternatives possibles.

2. Renforcer son activité par des choix plus robustes

Aujourd’hui, la RSE touche directement à la solidité du modèle économique.

Acheter mieux, diversifier ses partenaires, suivre ses consommations, anticiper les ruptures possibles et préparer la continuité d’activité relèvent autant de la responsabilité que du pilotage.

Axes à activer

Cartographier ses approvisionnements sensibles
Identifier les fournisseurs, matières, pays d’origine, délais, coûts et alternatives possibles sur les postes indispensables à l’activité.

Diversifier sans disperser
Prévoir des fournisseurs secondaires ou complémentaires sur les ressources critiques, tout en conservant une relation solide avec les partenaires stratégiques.

Mettre à jour son plan de continuité d’activité
Définir ce qui doit fonctionner en priorité en cas de perturbation : production, relation client, paie, facturation, données, énergie, livraison.

Piloter les consommations stratégiques
Suivre l’énergie, l’eau, les matières premières, le transport et les déchets pour mieux arbitrer, réduire les coûts et limiter les dépendances.

3. S’appuyer sur le territoire pour regagner en maîtrise

La souveraineté d’une entreprise ne signifie pas tout produire seule ni tout relocaliser.

Elle consiste à réduire certaines dépendances, à recréer de la proximité lorsque cela a du sens et à renforcer les liens avec un écosystème capable de soutenir l’activité dans la durée.

L’ancrage territorial devient alors un levier concret : il peut améliorer la réactivité, la traçabilité, la coordination et la capacité à sécuriser certaines ressources clés.

Repères à retenir

Repenser ses achats avec un critère de proximité utile
Un fournisseur local, français ou européen peut réduire les délais, faciliter les échanges, améliorer la traçabilité et limiter l’exposition à certaines tensions logistiques ou géopolitiques.

Identifier ce qui peut être rapproché, réparé ou mutualisé
Toutes les activités ne peuvent pas être relocalisées. En revanche, certaines pièces, prestations, opérations de maintenance, solutions de stockage ou flux logistiques peuvent être rapprochés pour gagner en réactivité.

Créer des partenariats territoriaux durables
Travailler avec des entreprises locales, réseaux professionnels, collectivités, industriels ou acteurs de l’économie circulaire permet de sécuriser certaines ressources tout en créant de la valeur sur le territoire.

Valoriser le made in France avec discernement
Le made in France devient pertinent lorsqu’il apporte une vraie valeur : qualité, maîtrise, image, traçabilité, réduction de certaines dépendances ou meilleure continuité d’approvisionnement.

Intégrer l’économie circulaire dans la stratégie
Réemploi, réparation, recyclage, allongement de la durée de vie des équipements : ces démarches réduisent la dépendance aux matières premières et renforcent la sobriété du modèle.

Le rôle de l’expert-comptable : passer de la RSE au pilotage concret

L’expert-comptable aide l’entreprise à transformer les enjeux de résilience et de souveraineté en actions mesurables. Pour une TPE ou une PME, la RSE ne doit pas rester une démarche théorique : elle peut devenir un véritable outil de pilotage économique.

Grâce à sa connaissance des chiffres, des charges, de la trésorerie et du modèle économique, l’expert-comptable accompagne le dirigeant dans l’identification des fragilités, la mesure des impacts financiers et la mise en place d’indicateurs utiles.

Concrètement, il peut aider l’entreprise à :

1. Repérer les dépendances économiques
Il analyse la part du chiffre d’affaires réalisée avec les principaux clients, le poids d’un fournisseur stratégique, la hausse des charges d’énergie, de transport ou de matières premières, ainsi que les délais de paiement. Cette lecture permet d’identifier les points de vulnérabilité qui peuvent fragiliser l’activité.

2. Mettre en place un tableau de bord
L’expert-comptable peut suivre quelques indicateurs clés : trésorerie, marges, délais de paiement, coûts d’approvisionnement, charges fixes, consommation d’énergie, volume de déchets ou dépendance à un gros client. L’objectif n’est pas de créer un reporting lourd, mais de donner au dirigeant des données concrètes pour piloter ses décisions.

3. Mesurer l’impact financier des décisions RSE
Il peut évaluer les conséquences économiques d’un changement de fournisseur, d’un recours à un prestataire local, d’un investissement dans un équipement moins énergivore, d’une réduction des déchets ou de la constitution d’un stock de sécurité. La RSE devient alors un levier de maîtrise des coûts, de sécurisation des approvisionnements et d’amélioration de la marge.

4. Sécuriser les ressources clés de l’entreprise
Dans une petite structure, l’absence du dirigeant, le départ d’un salarié expérimenté ou un fort turnover peuvent avoir un impact direct sur l’activité. L’expert-comptable peut aider à mesurer ces risques et à intégrer des indicateurs sociaux simples, comme l’absentéisme, les accidents du travail ou la fidélisation des équipes.

5. Identifier les aides mobilisables
Il peut orienter l’entreprise vers les dispositifs de financement adaptés : transition énergétique, modernisation des équipements, amélioration de la performance, relocalisation de certaines activités ou réduction des consommations. Son rôle est aussi de vérifier la cohérence de ces aides avec la situation financière de l’entreprise.

6. Structurer une démarche RSE accessible
L’expert-comptable aide à formaliser les actions déjà engagées, à suivre quelques indicateurs et à construire une trajectoire adaptée à la taille de l’entreprise. Cette formalisation peut aussi répondre aux attentes de certains clients, donneurs d’ordre, partenaires financiers ou appels d’offres.

En reliant la RSE à la réalité économique de l’entreprise, l’expert-comptable transforme une démarche parfois perçue comme abstraite en outil de décision concret. Il apporte une méthode, des chiffres et une vision de pilotage pour aider le dirigeant à réduire ses risques, maîtriser ses charges et prendre des décisions plus solides dans la durée.

Citation

« Les entreprises qui intègrent la durabilité au cœur de leur stratégie ne perdent pas en compétitivité, elles en gagnent. »

— Octave Kleynjans, directeur de l’Impact Lab du Mouvement Impact France, propos repris à l’occasion de la publication de l’étude Mouvement Impact France / Des Enjeux & des Hommes, octobre 2025. 

Conclusion

En 2026, la RSE devient un outil de pilotage stratégique. Elle aide l’entreprise à mieux comprendre ses fragilités, à sécuriser ses ressources clés, à renforcer sa continuité d’activité et à s’appuyer sur des partenaires plus fiables.

Résilience et souveraineté s’imposent ainsi comme deux repères essentiels pour construire une entreprise plus solide, plus responsable et plus durable.

Préserver son activité, réduire ses dépendances, renforcer son ancrage : c’est aussi cela, entreprendre durablement.

Pour une Très Petite Entreprise (TPE), la RSE est souvent perçue comme un luxe de grand groupe. Pourtant, c'est précisément à l'échelle de la TPE (moins de 10 salariés) qu'elle s'avère être un outil redoutable de survie.

L'expert-comptable, premier conseiller de proximité de la TPE, adapte cette démarche avec agilité à travers une approche pragmatique, axée sur le bon sens économique et la gestion des risques immédiats.